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Création et développement des entreprises
Nous avons rencontré Francoise Salvès, qui préside le Comité de la Création et du Développement des entreprises au Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts-comptables.
Francilien Infos Entreprises : Quel est le rôle du comité de la Création et du développement des entreprises que vous présidez ?
Françoise Savès : Ce comité a été créé au sein du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-comptables avec deux objectifs.

Le premier est interne : le comité élabore tout un ensemble d’outils pour permettre aux experts-comptables de développer leurs performances. Il peut s’agir d’outils de communication ou de supports techniques qui traitent d’une problématique particulière. Par exemple, nous avons réalisé un CD sur l’accompagnement des jeunes entreprises innovantes. Le comité repère des secteurs sur lesquels il est utile de mutualiser des savoir-faire. Il créé ensuite des outils opérationnels pour aider les cabinets à répondre à la demande de leurs clients. À titre d’exemple, nous travaillons actuellement sur les comptes des copropriétés, sur les professions libérales.

Le second objectif est externe : il consiste à aller à la rencontre des clients dans toutes les manifestations de créateurs, repreneurs ou chefs d’entreprise qui sont en quête de création ou de développements de nouveaux business.
Au départ, le comité était positionné sur la création uniquement, mais je considère qu’il ne faut pas opposer création à reprise. Même dans une entreprise existante, il faut toujours créer pour se développer.

Quel portrait peut-on brosser de la création en France ? Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ?
J’ai fait mon mémoire de fin d’études sur la création en 1986, je pratique donc le sujet depuis 20 ans. Beaucoup de choses ont changé en France. À l’époque, il n’y avait pas de politique d’incitation à la création, on ne développait pas l’esprit entrepreneurial, cela ne faisait pas partie de la culture française. Jusqu’aux deux lois Dutreil, les initiatives étaient trop éparses, nous n’avons fait qu’empiler des systèmes d’aides nombreuses, complexes et trop changeantes.

Résultat, comparativement à ses voisins européens, la France n’était pas performante en matière de création d’entreprises.  Cela va mieux depuis 3 - 4 ans : on sent maintenant que, dans l’esprit français, le salariat n’est plus le seul mode de travail possible. Les gens admettent que leur carrière ne sera pas linéaire de 18 à 65 ans. Le changement s’est opéré sous  la pression de la mondialisation, du cadre de travail, du marché de l’emploi et des cycles économiques des entreprises. Cela a développé chez l’individu la volonté de se prendre en mains.

Tout le monde est concerné par la création, les seniors licenciés de grandes entreprises comme les jeunes diplômés.
Parce que les mentalités changent, l’État développe des politiques sociale et fiscale incitatives.
La création se porte mieux aujourd’hui. Il faut travailler l’esprit d’entreprise très tôt dans la formation et je crois beaucoup à la réforme des universités pour cela. Elle devrait permettre de resserrer les liens entre le monde étudiant et celui des entreprises. Dès le lycée, il faut inventer un mode de parrainage entre une entreprise et un jeune. Il faut, également, intégrer des stages plus longs dans le programme scolaire.

Quels sont les secteurs porteurs ?
Au Conseil supérieur, nous sommes convaincus que les experts-comptables occupent une position d’experts du monde de l’entreprise. Depuis 2003, nous avons donc initié un travail de veille prospective sur les marchés tendances pour donner aux experts-comptables des idées et de la matière pour accompagner leurs clients. Ces idées figurent sur le blog marchésdufutur.blospirit.com
Régulièrement, nous organisons des brainstormings avec des prospectivistes et des sociologues qui viennent débattre des tendances des marchés en France et à l’étranger. Les préoccupations et les besoins des consommateurs sont au centre des échanges ; l’expérience montre que nos prévisions tombent juste.
Les tendances actuelles sont :
  • l’incontournable utilisation d’Internet dans tous les business : e-commerce et e-service qui touchent tous les domaines. Il y a à la fois les business sur Internet et Internet dans le business.
  • La tendance est également au développement durable. Cela s’étend du produit écologique, au bio, à l’économie solidaire et responsable. Plus largement, cela fait référence à ce qui va donner du sens à l’acte d’achat.
  • Vont être porteurs, tous les projets qui permettent  de toucher le consommateur dans sa vie quotidienne. Il faut arriver à l’attraper là où il est : sur Internet, sur son lieu de travail, sur son trajet… Les gens ne veulent plus aller loin faire leurs courses. C’est l’ère du service en premier, avant la notion de vente de produit. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? Voilà la tendance que, par ailleurs, les experts-comptables peuvent décliner à l’infini dans leur propre métier.
  • À l’extrême inverse, on observe un engouement pour le low cost. Le consommateur cherche les bas prix pour les produits basiques et va garder son budget pour les achats coup de cœur. Le low cost est aujourd’hui un état d’esprit. Low cost n’est plus synonyme de diminution de qualité, c’est l’achat malin.
 
Quel est le plus qu’apporte un expert-comptable à un créateur ?
Avant tout, un suivi et des réponses à ses questions. Nous sommes des généralistes. Le créateur qui consulte un expert-comptable va trouver les réponses aux questions qu’il ne maîtrise pas et qui le préoccupent comme, quel statut choisir, comment protéger ses proches, de quelle couverture sociale va-t-il bénéficier, comment préparer sa retraite… Notre rôle est de le rassurer et de lui apporter notre connaissance du monde des entreprises.

Lors d’un premier rendez-vous, nous écoutons l’histoire de son projet et le rassurons ; ensuite, à chaque étape, nous l’accompagnons et lui apportons quelque chose : la partie financière de son plan d’affaire, le choix de son statut, l’optimisation fiscale, la constitution de sa société. Nous ne travaillons pas sur le ponctuel, l’expert-comptable va devenir le partenaire du dirigeant. Une fois l’entreprise montée, nous sommes à ses côtés pour les embauches, la comptabilité, le bilan et toutes les questions qu’il va se poser. C’est grâce à la qualité de cette relation que nos clients sont fidèles et que nous avons un turn over de clients très faible.

C’est pour donner de la profondeur à cette relation que nous devons absolument connaître les marchés, les tendances. Nous devons faire partie intégrante de la chaîne de l’intelligence économique.

Quels conseils donneriez vous à un dirigeant qui se lance dans l’aventure de la création ?
Je leur donnerai un seul conseil, « il faut faire un métier qui vous ressemble ». Pour réussir, il faut mettre des convictions dans son business. C’est la seule vraie clef du succès. On ne peut pas réussir en surfant sur une vague de tendances dans un domaine auquel on ne croit pas.
 
 
 
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